
Villa Eilenroc
Une villa de 1867 à la pointe du Cap, léguée à la commune d’Antibes en 1982 avec son parc de 11 hectares.
Dacoucou · CC BY-SA 3.0
Du jardin de Gustave Thuret aux villas de Barry Dierks, comment une presqu’île de la Riviera est devenue un lieu de résidence et de séjour d’été.
Le phare de la Garoupe et le Cap d’Antibes — Photo : CanGia06, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Le Cap attire aussi des botanistes. À partir de 1858, l’algologue Gustave Thuret y crée un jardin où il mène, avec Édouard Bornet, des essais d’acclimatation. Légué à l’État en 1878, géré par l’INRAE depuis 1927, ce jardin de 3,5 hectares réunit environ 2 500 arbres et arbustes, pour 1 600 espèces.
L’histoire de la presqu’île tient aussi à la ville voisine. Selon l’office de tourisme, Antibes s’étend au XIXe siècle vers la campagne et le Cap, et l’horticulture s’y développe.
Construite en 1867 pour le Néerlandais Hugh Hope Loudon, la villa Eilenroc s’élève sur un terrain qui n’était que garrigue. Elle est souvent attribuée à Charles Garnier ; l’Inventaire général précise que l’architecte pourrait aussi être Vidal, son élève.

Son parc retrace l’évolution du lieu. Le jardinier Ringuisen le crée en 1883 pour James Wyllie, puis Jacques Gréber le reprend pour les Beaumont, propriétaires à partir de 1927.
La Riviera reste longtemps une destination d’hiver. Le fondateur du Figaro, Hippolyte de Villemessant, conçoit au Cap une retraite pour écrivains ; les sources situent son ouverture autour de 1870, comme villa ou comme hôtel. L’hôtelier Antoine Sella ouvre le Grand Hôtel du Cap en 1889, d’après Wikipédia, et l’Eden-Roc naît en 1914, en bord de mer.

Le tournant se joue ici, d’après le récit qu’en donne le Monaco Tribune. Pendant la Première Guerre mondiale, l’hôtel sert à la Croix-Rouge et des infirmières se baignent en mer ; Sella fait alors construire une piscine d’eau de mer. Dans les années 1920, Gerald et Sara Murphy comptent parmi les premiers Américains à séjourner sur la Côte en été et y entraînent leurs relations. F. Scott Fitzgerald transpose l’hôtel dans Tendre est la nuit.
Le mouvement gagne la côte voisine : selon l’office de tourisme, Frank Jay Gould relance Juan-les-Pins comme station d’été et y ouvre Le Provençal en mai 1927.
Sir Pomeroy Burton achète en 1927 la villa Les Myrtes et la fait démolir. Armand-Albert Rateau élève à la place, entre 1928 et 1931, le château de la Croë, au plan palladien. L’apparence classique dissimule une construction de son temps : béton armé, poutrelles métalliques et hourdis de brique, sous un parement de pierre calcaire.

Louée à partir de 1938 par le duc et la duchesse de Windsor, ravagée ensuite par un incendie, puis abandonnée, la demeure n’est restaurée qu’entre 2004 et 2010, d’après l’Inventaire général.
En 1925, l’architecte américain Barry Dierks (1899-1960), diplômé du Carnegie Institute of Technology et passé par l’École des beaux-arts de Paris, s’installe sur la Riviera. Le ministère de la Culture lui attribue au moins 70 maisons, de Menton à Six-Fours, dont 21 au Cap d’Antibes.
La villa Aujourd’hui, édifiée en 1938, résume cette manière : façade courbe et symétrie centrale, surfaces dépouillées, esprit que le ministère rapproche de l’Art déco de Miami. Elle a reçu le label « Patrimoine du XXe siècle » en 2000, sans bénéficier pour autant d’une protection juridique.
Plusieurs de ces demeures sont des propriétés privées, et Living Prestige n’en publie pas l’adresse. Le Cap se découvre néanmoins par ses lieux ouverts : le jardin Thuret, dont la visite est libre selon le ministère de la Culture, le domaine d’Eilenroc, légué à la commune en 1982, et le sentier côtier qui mène vers la Garoupe.
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Une villa de 1867 à la pointe du Cap, léguée à la commune d’Antibes en 1982 avec son parc de 11 hectares.
Dacoucou · CC BY-SA 3.0

Une demeure d’Armand-Albert Rateau, achevée en 1931, louée à partir de 1938 par le duc et la duchesse de Windsor.
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